LGC – 24 – Zine

« Imagine… oui, imagine, si tu veux, en quelque sorte, que tous les instants existent en même temps… comme les perles d’un collier, oui, comme des perles mais qui ne sont pas sur leur fil, qui sont… qui sont, si tu veux, dans un bol, en vrac. Et chacune de ces perles est un instant, une fraction de seconde – non, en fait, l’idée de seconde ne convient pas, puisqu’il s’agit d’une durée, non, chaque perle est un instant figé, comme un photopicte, si tu veux. Et tous ces instants sont en vrac, il y en a une infinité.

« Imagine, à présent, si tu veux, que l’esprit humain… oui, tu vois bien qu’il est difficile, ainsi, de concevoir ces instants, ces photopictes, tu vois bien que tu ne peux les concevoir indépendamment les uns des autres, n’est-ce pas ? Tu te figures que le choc n’existe pas sans la chute, et qu’elle-même résulte du déséquilibre, et que tout cela est lié et s’enchaîne en mouvement… c’est naturel, oui, mais tente de te figurer, s’il te plaît, essaye de te représenter que ce que tu fais ici c’est mettre ces perles sur leur fil, de les mettre dans un ordre qui te semble logique, et ton collier c’est une chronologie, oui, en quelque sorte, mais c’est une illusion de ton esprit qui, ne parvenant pas à se représenter les perles dans leur individualité, ressent le besoin de les ranger, de les ordonner pour leur donner un sens qu’il peut accepter, comprendre… assimiler, si l’on veut.

« Songe à présent que ta vie, c’est-à-dire ta vie telle que tu la ressens, je veux dire… cette collection d’instants qui se succèdent les uns après les autres, d’une manière qui te semble à la fois logique pour ce qui concerne le passé et… oui, et incertaine pour ce qui concerne le futur. Pourtant tu sais bien que toutes les perles du collier existent ! Et alors, tu peux voir, si l’on veut, que les perles… du futur, en quelque sorte, n’ont rien de différent de celles de ton passé, sinon que certaines ont déjà été… été lues, oui, ou égrainées, si tu veux, pour passer de l’image du collier à celle du chapelet.

« Et le grand secret, le plus grand secret, veux-tu le connaître ? La vérité, zine, c’est que le temps n’existe pas. Le temps c’est une illusion, un… un garde-fou ! oui, en quelque sorte. Une rationalisation, comme l’idée de divin, comme l’idée de destin, comme l’idée que la vie a un but. Le temps, c’est ce fil que ton esprit passe dans les perles pour les mettre dans l’ordre. Et cet ordre, cet ordre arbitraire qui te semble logique et cohérent, c’est n’est qu’une construction, une abstraction, une… une fausseté. Il n’existe pas… c’est une vision, un mirage. »

Elle le regardait sans comprendre – ça ne l’étonna pas. En vérité, ce n’était pas tant son incompréhension que son désintérêt qui le courrouçait. Elle ne comprenait pas, mais ça ne la dérangeait pas. Elle s’en moquait. Il se leva brusquement et mit ses pantalons. Elle le regardait toujours, et sur ses lèvres exquises, sur dans ses yeux immenses il n’y avait rien… rien que cette joie de vivre désinvolte.

Elle roula sur son dos, découvrant ses seins, et il eut un soupir.


Fin de la quatrième partie

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