LGC – 23 – Nous n’avons pas peur !

Elle marqua un premier temps en bas de la rue Houdon.

L’air était chaud, chargé encore du cataclysme de la nuit passée. Poussière et fumée comme un brouillard envahissaient la rue, porteurs de senteurs de saccage. Les pavés parfois vermillon et parfois arrachés, jetés sur le côté, étaient le témoignage le plus frappant des évènements de la veille.

On avait débarrassé la voie des débris de la barricade tombée.

Le vent avait dispersé les cendres des morts.

Elle remonta la rue lentement, d’un pas pesant, les traits bouleversés. Elle s’arrêta à nouveau, ici, puis là, caressa de ses longs doigts pâles les traces de la fusillade sur les murs criblés d’éclats. Et puis elle repartit, reprit son ascension. La culpabilité tendait ses lèvres et elle avançait en pénitente. Elle s’immobilisa une quatrième fois, là où une trace sanglante semblait marquer l’endroit même où un homme était mort – Amaranthe ? A genou elle toucha de ses doigts la marque rouge, et puis elle repartit de son allure de pèlerin, les yeux baissés mais l’âme plus haute. Chaque marque, chaque témoignage de mort l’arrêtait, et chaque fois il semblait qu’elle marquait le lieu d’une croix dans son esprit, comme une étape d’un itinéraire spirituel qui la mènerait à l’expiation.

Elle marque une pause, encore, la douzième, juste en-dessous de la rue Piémontési, là où la barricade avait dû être. Les pavés étaient arrachés, les murs brûlés par le feu de la grenade, et partout s’étalaient au sol des marques écarlates. Un vieux chien passa, sale et efflanqué, il se pencha sur une des traces de sang et lécha le pavé avec curiosité. Elle le chassa avec un cri outré et reprit son ascension, puis s’arrêta une treizième fois au niveau de l’intersection pour regarder dans la rue Piémontési, dont les pavés n’avaient pas été arrachés. Plus loin, au coin de la rue André Antoine, les restes d’une autre barricade que la garde a déblayée comme celle de la rue Houdon. Elle monta encore un peu, le dos courbé. D’autres passants autour d’elle semblaient rendre leurs hommages, elle les voyait à peine et marchait seule avec son chagrin.

Au bout de la rue elle s’arrêta une dernière fois pour se retourner. Dans le brouillard on ne voyait rien, que les façades des immeubles de chaque côté de la rue qui émergeaient comme des falaises des brumes au bout du monde, c’était comme si une tempête sanglante était venue s’y briser dans un fracas de feu et de fer.

*

* *

Dans l’arrière-salle de la brasserie des martyrs, ils étaient assis tous les quatre autour de la table rectangulaire.

« Et alors, Linspré a refusé de l’aider ? fit-elle d’une voix irritée.

– Ouais, grommela Mâchemots. Il avait les yeux battus, une barbe irrégulière naissait sur son menton et sa gorge. Mais en fait on s’y attendait un peu, hein ? C’qu’en fait, il aime pas qu’on lui force la main, l’patron. Faut qu’ça soit lui qui fasse, lui qui décide, ou bien merde, hein ?

– Sais pas, trancha Himmelfarb. Toujours pensé qu’y avait une chance. »

Mâchemots haussa les épaules et se balança en arrière sur sa chaise, l’air blasé. Il bâilla et fouilla dans ses poches.

« Dans son intérêt, » expliqua brièvement Himmelfarb alors que Mâchemots posait sur la table son nécessaire à fumer.

Brune se leva et se mit à marcher en cercles, le pas nerveux, les mains derrière le dos. Elle fulminait, ne semblait pas parvenir à trouver les mots pour exprimer sa rage, sa révolte. Ses bottes claquaient furieusement sur le sol, et pendant une minute on n’entendit rien d’autre. Himmelfarb tendit son briquet à Mâchemots, qui alluma sa cigarette, et aussitôt l’air se chargea de l’odeur entêtante de la marie-jeanne.

« Et s’il l’avait aidé, vitupéra Brune, s’il avait demandé l’aide des autres Sociétés… si… s’il avait convoqué les mendiants d’les Mouches… s’il avait réquisitionné les armes et les explosifs d’Venternes… merde, il s’est tout le temps vanté de pouvoir faire chanter des officiers de la garde communale… avec tout ça, s’il avait été moins pantre, peut-être… peut-être que ça aurait marché !

– ‘t-être, ouais, acquiesça mollement Mâchemots entre deux bouffées de marie-jeanne.

– … et Amaranthe ne serait pas cané.

– ‘t-être pas. »

Himmelfarb haussa les épaules – lui aussi semblait épuisé et, comme à son habitude, il parlait peu et brièvement. Il n’était que très peu intervenu pour corriger Mâchemots quand celui-ci avait raconté les évènements de la veille.

« Tout ça pour niente ! » gronda Brune et se rasseyant près de Jean.

Celui-ci n’avait toujours pas parlé. Il se tenait au bout de la table, prostré, la tête basse. Mâchemots lui passa sa cigarette. Il tira dessus et ne relâcha son souffle qu’après quelques secondes, dans un épais nuage de fumée.

« Pas pour niente, coupa Himmelfarb sans lever les yeux de la table. Pas tenu Montmartre, d’accord… Amaranthe, mort, d’accord… »

Il releva soudainement la tête, une lueur féroce dans le regard.

« Mais on a pris à la Commune la moitié de ses vivres, de ses armes et de ses munitions, merde, c’est quelque chose !

– Ouais, approuva Mâchemots avec enthousiasme, et, en fait, si on y pense, nos pertes ont été plutôt légères.

– Légères ? éclata Brune. Légères ! »

Elle avait fait mine de se lever, et tous avaient tressailli autour de la table sauf Mâchemots, qui décidément semblait trop assoupi.

« Blya, Brune, on sait qu’Amaranthe est cané, hein ? répondit-il, l’air las. T’crois p’t’être qu’ça nous fait plaisir ? Mais il savait c’qu’il faisait, hein, il savait qu’il prenait un risque. Et au bout du compte, y’a pas à tortiller, l’opération a plutôt été positive, en fait. »

Himmelfarb hocha gravement de la tête.

« Ouais, reprit Mâchemots, songeur, ouais… Linspré s’rait bien branque de ne pas faire quelque chose bientôt pour en profiter… Blya, ça m’f’ra chier de le voir profiter de tout ça, ajouta-t-il, aigre, après un silence.

– Pas le choix, fit Himmelfarb. Que lui pour mener la révolution, maintenant. Plus beaucoup de temps. Faut prendre Paris avant les Merçards.

– Ouais, confirma Mâchemots. Les déserteurs et le peuple ne se battront pas pour l’Comité… mais ‘t-être qu’pour lui… ouais. Ouais, t’as raison, y’a pas d’aut’ s’lution. »

Un brouhaha éclata dans la pièce voisine qui perça la cloison et les fit taire immédiatement. Tous levèrent soudainement la tête comme des chiens de chassent qui auraient senti une odeur inconnue. La clameur dura presque une minute, c’étaient à la fois des cris et des gens qui se bousculaient, et une voix qui tentait de porter par-dessus le tumulte mais dont on ne pouvait percevoir les mots. Himmelfarb se glissa silencieusement derrière la porte de manière à pouvoir assommer un éventuel intrus.

« Les cognes, pensez ? » souffla Mâchemots.

Il y eut un nouveau tumulte, comme si de nombreuses personnes s’étaient soudain précipitées hors de la brasserie. Des pas, pourtant, s’approchaient de la porte. Mâchemots s’était saisi d’un revolver et Brune s’éloigna vers la trappe.

Soudain la porte de l’arrière-salle s’ouvrit et Pierrot, le portier, fit irruption parmi eux. Himmelfarb baissa les bras, un air de soulagement sur le visage.

« Linspré est aux Abbesses, souffla Pierrot d’une voix précipitée. Il va faire un discours ! »

Ils se regardèrent tous avec surprise. Brune, la bouche ouverte, ne savait quoi dire et Mâchemots, qui avait commencé à se lever en voyant entrer Pierrot, s’était arrêté en chemin et se trouvait ainsi suspendu entre la position assise et debout, ridicule. Ce fut Jean qui parla le premier, et tout le monde se tourna vers lui.

« C’est la première fois qu’il apparaît en public.

– Ouais, j’suppose qu’il va prendre les choses en main pour d’bon, hein ?

– Probablement. »

Et puis, sans un mot de plus, sans se consulter ils s’élancèrent tous les quatre hors de l’arrière-salle, dans la rue, vers la rue des Abbesses puis la place du même nom. Une petite foule était déjà rassemblée autour de la silhouette de Linspré qui se tenait, droit et fier, sur une grande caisse, comme sur une estrade. Le mot, porté par les gamins du quartier, avait vite traversé la colline. Bientôt la place entière déborda de peuple, et on discutait, on conjecturait, on s’interrogeait, bref on bourdonnait avec agitation. Mâchemots tira avantage de ses larges épaules pour se frayer un chemin dans la masse, traînant dans son sillage les silhouettes de ses trois compagnons, et ils s’arrêtèrent au pied d’un vieux marronnier, bien en vue de l’orateur qui pour l’instant considérait la foule en silence depuis son piédestal.

Il avait le visage couvert de son masque étrange, ce masque obscur d’épines entrelacées qui semblait être pour lui comme une deuxième peau et qui lui faisait le visage d’un monstre ou d’un démon. Pour les sociétaires de l’Apôtre Second mais aussi pour le peuple de Paris ce masque était le symbole de son pouvoir – c’était pourtant bien plus qu’une couronne, car ses pouvoirs étaient plus que ceux d’un roi, c’était ceux d’un mage ou d’un saint, d’un être surnaturel. Sous ce masque une tunique noire et d’amples pantalons de toile noire témoignaient de son deuil.

Enfin on frappa un grand coup sur un bidon de métal et le fracas retentit à travers la place, aussitôt la foule impatiente se tut et se tourna vers lui. Pour ceux qui étaient le plus près il devait sembler immense du haut de son estrade, et le soleil de midi dans ses cheveux lui faisait comme une auréole. Il parla alors, de sa voix profonde et forte, riche de nuances de colère, de tristesse et d’espoir.

« Citoyens, hier soir une tragédie a frappé la colline de Montmartre. Parce qu’ils croyaient en la liberté, des hommes sont morts. Parce qu’ils ne voulaient plus vivre en cage, parce qu’ils ne voulaient plus vivre en guerre… des hommes sont morts. »

Il parlait lentement, en marquant des silences pour marquer son chagrin et sa fureur. L’audience l’écoutait en silence.

« Ils furent nombreux à se dresser à leurs côtés, hommes, femmes, enfants même ! L’arme au poing, la rage au cœur, et la justice pour horizon, ils se sont battus. Toute la nuit face aux dogues de l’ennemi, dos à dos, côte à côte, ils se sont battus. Ils étaient nos frères… citoyens ! appela-t-il soudain, un ton plus haut, citoyens, c’est pour nous qu’ils se battaient ! Dans l’obscurité, toute la nuit, pour nous, notre liberté et nos vies. Pour nous ! »

Il y eut une rumeur d’approbation dans l’assemblée, et tous levèrent leurs visages illuminés.

« Ces hommes sont morts, citoyens. Ils sont morts, mais nous ne les oublierons pas. Le fer les a déchirés, le feu les a emportés, mais leurs ombres marchent parmi nous… citoyen ! les vois-tu ?

« Pour certains d’entre nous ils étaient des amis, des frères, des pères ! Pour tous ils étaient des héros. Parmi eux il y en a un que je connaissais bien, que beaucoup d’entre nous connaissaient. Certains l’appelaient l’Es, d’autres Albion. Il est mort juste là, un peu plus bas, ajouta-t-il en indiquant le bas de la rue des Abbesses. C’était un homme bon, un homme juste. Il aimait rire et il aimait chanter, il aimait la liberté par-dessus tout, plus que sa vie même. Il est mort. Il était jeune et bon, il serait mort plutôt que d’offenser son prochain… voilà le genre d’hommes que l’ennemi nous prend !

– Ferlampier, grogna Brune entre ses dents. Linspré… pff ! C’est lui qu’aurait dû s’appeler l’escroc, et Amaranthe le prince ! »

Mâchemots sourit, amusé, mais personne d’autre ne semblait l’avoir entendue – tous étaient fascinés par l’orateur.

« Citoyens… aussi bon, aussi courageux qu’a été l’Es, ce n’était qu’un homme parmi tant d’autres qui sont morts hier… parmi cent mille autres qui sont morts depuis que cette guerre absurde a commencé ! Et combien davantage, depuis que le Comité de Salut Public a décidé de se lancer à la conquête du monde ? Citoyens, y’en a-t-il encore ici pour se souvenir des temps de paix, des temps d’espoir ?

« Hier soir une tragédie a frappé la colline de Montmartre, mais elle n’est rien en comparaison à celle que connaît notre ville depuis des années… depuis des décennies ! Le Comité de Salut Public prend nos enfants, prend nos frères, prends nos pères et les sacrifie à l’autel de son ambition… à l’autel de sa démesure ! Combien de guerres, combien de morts encore avant que sa faim soit assouvie ?

« C’était contre cet ennemi que l’Es et ses frères d’armes se sont battus. Contre lui, et pour nous, pour la paix, notre liberté, nos vies. Nos vies et celles des nôtres. Ils sont morts…. Cela sera-t-il en vain ? Nous arrêterons-nous là ? Laisserons-nous nos bourreaux rester impunis ? »

Il parlait plus fort maintenant, et un brouhaha de colère accueillit ses derniers mots. On appelait à la révolte, à la révolution. Silencieux et digne, il laissa la fureur du peuple s’exprimer bruyamment, puis il leva la main pour demander le silence – on se tut aussitôt.

« Citoyens, la Commune de Paris devait signer l’avènement d’une ère nouvelle, d’une ère de liberté et de paix… c’était pour cet idéal que l’Es se battait, et c’est pour cet idéal que nous nous battrons ! Ne laissons pas notre peine nous abattre, citoyens, et reprenons l’épée que les morts ont laissé au sol pour les venger et chasser les va-t-en-guerre, les tyrans ! Debout, citoyens… liberté ! »

Cent poings jaillirent vers le ciel de concert avec celui de Linspré, et la place fut prise par un cri immense comme par une tempête.

« Aujourd’hui je sors de l’ombre, reprit Linspré après que le tumulte se soit apaisé, moi, Linspré, frappé par le chagrin, la douleur, la colère. Je me dresse dans la lumière du jour et je regarde mes ennemis dans les yeux, je leur dis : je n’ai pas peur ! Je me dresse dans la lumière et je vous promets vengeance, citoyens, je vous promets justice… »

Il baissa alors la voix, mais la place était devenue si silencieuse qu’on l’entendait parfaitement, une souffle terrible qui allait au cœur, réveillait les espoirs engourdis.

« Restez attentifs. Ecoutez le vent, il vous dira beaucoup. Restez prêts, et prenez garde aux signes. Bientôt le jour viendra et j’aurai besoin de vous… le glas sonnera pour l’ennemi du peuple… et alors vous saurez. Vous saurez que le jour est venu… la fin de nos malheurs. Ce jour là…

– Cognes ! beugla-t-on au coin de la rue de La Vieuville. Cognes, il en vient de partout ! »

Un frisson de crainte parcourut la foule, on cria.

« Souvenez-vous, gronda Linspré, imperturbable, alors que la foule commençait à se disperser en désordre, nous regardons nos ennemis dans les yeux pour leur dire : nous n’avons pas peur ! »

Déjà des gardes communaux arrivaient par toutes les issues, par la rue de la Vieuville, par les deux bouts de la rue des Abbesses, par la rue du 25 vendémiaire an II, et ils fendirent la foule vers le centre de la place où était toujours Linspré, sur son estrade. L’étau autour de lui se resserra. Un moment, il sembla qu’ils allaient le saisir, mais quand ils furent enfin au cœur de la place, il n’y avait plus rien. Rien qu’une caisse en bois abandonnée, au milieu d’une place abandonnée. Un homme, de frustration, donna un coup de pied dans la caisse. Un autre jura. Et puis c’était tout.

*

* *

La foule se précipitait autour de lui mais il marchait sans hâte, perdu dans ses pensées. La garde communale n’était pas venue pour lui, il le savait. Il savait aussi que Linspré n’aurait aucune difficulté à se perdre dans la foule, il savait que tant qu’il ne serait trahi par les siens Linspré serait libre. Il le savait et il y pensait furieusement, il prit une petite rue sur la gauche pour s’écarter du tumulte de la foule inquiète. Il y pensait et il n’entendait pas les bruits de pas derrière lui, qui s’approchaient rapidement.

« Oh Porte-poisse ! »

Il se retourna sans crainte, car la garde ne savait pas ce nom. La Chimère s’approcha et, le voyant s’arrêter, ralentit. Elle portait un maillot de corps grisâtre et son éternel foulard rouge, ses bras maigres pendaient à ses côtés. Jean sourit pour la saluer.

« Par lago, » ordonna l’enfant en entraînant Jean sur le côté de la rue.

Elle poussa une petite porte de bois, qui grinça douloureusement. La lumière du jour laissait Jean deviner les contours d’une petite pièce au plafond assez bas, tapissée de paille humide et puante, avec dans un coin quelques caisses vides. Ils entrèrent, et une forte odeur de purin les prit à la gorge. La gamine referma la porte derrière eux et les couvrit d’obscurité. Jean toussa. Le grincement d’une machine mal huilée s’élevait du sous-sol comme une plainte. Entre eux, il y eut un moment de silence, et la pénombre qui les effaçait. Ils ne pouvaient que se deviner, formes incomplètes et immobiles.

« C’est pour Part-de-Coère, dit enfin la Chimère, mais Jean s’y attendait ; il se tut, ne la pressa pas. Il m’a bonit que je devais faire des trucs, si…

– S’il mourrait, l’aida Jean, un peu sèchement.

– Ouais. Voilà. Un peu comme des dernières volontés, quoi. Du genre, à qui qu’il fallait fourguer ses trucs, ou bien des choses à bonir à des gens, des machins à planquer, allez ! T’entraves ? »

Jean sourit en entendant les derniers mots de la gamine, mais dans la pénombre celle-ci ne s’en rendit pas compte. Elle continua.

« La plupart c’tait pour la gonzesse du Rouquin. Mais il voulait aussi que je te fourgue qu’e’qu’chose. Attends. »

La gosse fouilla dans les poches profondes de ses vieux pantalons, trop larges pour elle, retenus à sa taille par une corde. Enfin, elle en sortit un petit objet de métal. Un rai de lumière qui s’échappait, chargé de poussière, du jour de la porte, le fit briller un instant, mais Jean ne pouvait deviner ce que c’était.

« Ça ouvre tout, y paraît, expliqua la gosse en le tendant à Jean. »

Surpris, Jean examina l’objet de fer, qui ressemblait à une sorte de clé compliquée, hérissée de crochets étranges.

« Il a dit qu’il fallait que t’en fasses bon usage, aussi… et puis… il voulait que je te dise la fin de la prophétie. »

Alors l’enfant se mit à réciter :

« Comme Duncan, le Grand Coère sera trahi. Il sera tué, mais il vivra, et le Rossignol chantera à nouveau, pour la liberté. »

Jean releva ses yeux du passe-partout. Le rai de lumière tombait sur le visage de la Chimère comme dans un tableau du Caravage, et le clair-obscur soulignait l’espoir dans ses yeux gris. A nouveau, il y eut un silence, et puis la gosse se décida à demander :

« Qu’est-ce que tu crois que…

– Rien, répondit Jean, sec. Albion aimait bien jouer des tours, poser des devinettes dont il ne connaissait pas la réponse. Il a voulu s’entourer d’un mystère de plus, voilà tout. »

L’enfant fronça les sourcils, dubitative, mais n’osa rien dire.

« Merci, Chimère. »

Et, sans un mot de plus, Jean fourra le rossignol dans sa poche et poussa la porte de leur refuge. La lumière du jour l’éblouit, et il fronça ses yeux. Puis il disparut dans la clarté, et derrière lui l’enfant resta dans l’ombre, saisie de doutes et d’inquiétudes.

Et si tout était fini ?

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