LGC – 16 – Le feu la prochaine fois

Le 12 thermidor de cette année, les cinquecento du capitaine Pietrangeli arrivèrent de Gênes par convoi spécial. Les mercenaires descendirent à la gare de Lyon-Italie, d’où ils prirent la rue de Naples pour rejoindre la caserne des Quinze-Vingts où ils devaient prendre leurs quartiers en attendant d’embarquer pour la Mercie. Ils arrivèrent au crépuscule, et les habitants de la rue de Naples, massés par dizaines à leurs fenêtres, regardaient la colonne de spectres passer au-dessous d’eux, perdue dans les brumes dont la gare inondait le quartier. Le ciel était noir de nuées menaçantes, et la foule était autant aux fenêtres pour prendre l’air que pour le spectacle. A la poitrine des soldats les armes du capitaine – un lièvre blanc sur un écu noir – étaient frappées sur leurs uniformes bruns, leurs casques de fer brillaient sous les becs de gaz qu’on venait d’allumer. A l’avant de la colonne Pietrangeli marchait avec ses hommes, son porte-enseigne à sa droite et un tambour à sa gauche qui battait la cadence. Craints et respectés de Lisbonne à Hambourg, les cinquecento de Pietrangeli n’étaient pas les bienvenus à Paris et certainement pas rue de Naples, où l’on avait grandi dans le mépris des immigrés italiens qui vivaient de l’autre côté du bassin de l’Arsenal, dans le « triangolo ».

Une heure plus tard à peine, à l’Opéra du Peuple, Elie montait sur scène – ses pieds nus sur les planches noires. On donnait L’Emeute, de García López. L’air lourd pesait sur ses membres déjà luisants qui ondulaient avec grâce au rythme sensuel du premier mouvement. Devant lui le public était plus agité que d’habitude… l’orage, sûrement. Ses mouvements s’accélérèrent avec la musique, harmonieux. Détendu, aérien, il pouvait entendre ses pas légers sur les planches lisses. On avait fait ouvrir des fenêtres… en vain. Le battement des programmes improvisés en éventail menaçait de couvrir l’orchestre, qui s’engagea en grande pompe dans le cœur du mouvement. Elie retint une grimace – il n’avait jamais aimé le chef d’orchestre, qu’il trouvait brouillon. Au premier balcon, une femme d’âge mûr agitait frénétiquement son chapeau. Au poulailler la foule bourdonnait, inconfortable. Plus bas Elie voyait deux hommes s’assoupir, il espérait que c’était la chaleur, plus que le spectacle, qui les assommait. Le danseur pouvait sentir la sueur ramper sur son corps, et son odeur rance.

Soudain un vacarme ; on crut que c’était le tonnerre qui éclatait enfin. Mais les portes de l’allée centrale s’ouvrirent à la volée et une troupe menée par une grande femme vêtue d’un tablier de cuir fit irruption en hurlant.

« Emeute ! » criait-elle.

Aussitôt la musique s’arrêta, et les émeutiers éclatèrent en cris confus. Bientôt tout l’Opéra sut que les cinquecento étaient à Paris et se nourrissaient sur les maigres réserves de la ville alors que le peuple était rationné.

« Aux Quinze-Vingts ! cria une femme du deuxième balcon.

– Mort aux ritals ! hurla une autre.

– Au triangolo ! » s’exclama un gamin qui ne devait pas avoir seize ans.

La salle alors se vida de moitié, des danseurs même sautèrent de scène pour se joindre aux émeutiers, un tiers de l’orchestre leur emboîta le pas.

Elie, paisible, s’était assis au milieu de la scène. Deux collègues s’assirent à son côté, et un petit homme agité fit irruption sur la scène pour annoncer d’une voix contrite que la représentation était annulée.

*

* *

Quelques heures plus tard, dans l’arrière-salle de la brasserie des Martyrs, Linspré se penchait sur un demi-poulet que ses mains puissantes déchiraient avec méthode. Ses doigts velus luisaient de graisse. Son capuchon lui retombait devant le visage, dans la pénombre on ne distinguait que le bas de son visage avec sa courte barbe et deux crocs noirs qui encadraient sa gueule, ces crocs d’épines qui terminaient son masque ; en public il le portait toujours. Penché ainsi sur sa pitance dans la salle mal éclairée, il semblait un prédateur qui déchiquetait les restes d’une proie dans l’ombre de sa tanière. Il porta une cuisse à sa bouche et y mordit avec appétit. L’Es, devant lui, lui racontait les émeutiers qui avaient gagné le triangolo, entre la Seine et le boulevard de l’Arsenal, et qui en pillaient les taudis ; les incendies rue Agrippa d’Aubigné, maîtrisés seulement par la pluie, les corps sans vies sur le pavé ; la folie de la foule, enfin, qui se vengeait de sa misère sur plus misérable qu’elle, et que la garde allait bientôt mater. Mais Linspré restait muet.

« Et alors, grognait l’Es, ses mains crispées sur le dossier d’une chaise, est-ce que le moment n’est pas venu ? Le peuple gronde, allez ! les sections sont prêtes mais voilà toi, le grand Linspré, l’âme de la révolution, tu biffes.

– Ce n’est qu’un rif de paille, frangin, répondit Linspré après avoir pris le temps de finir de mastiquer sa bouchée, toi-même tu l’avais prédit. » Il parlait par intermittence, entre deux bouchées avides, chaque fois en prenant garde de ne pas parler la bouche pleine. « Quelques émeutiers qui, le ventre vide, profitent du moindre prétexte pour se défouler sur plus faibles qu’eux. » Nouveau silence, ponctué seulement du labeur de sa mâchoire. « Les cognes n’auront aucun mal à les maraver. »

L’Es fulminait. Il resserra son étreinte sur le dossier de la chaise devant lui, et ses jointures blanchirent sous l’effort. Ses traits étaient tirés. Sous sa veste grise, sa chemise prune était froissée comme s’il s’était précipité hors de chez lui et n’avait pas eu le temps d’en choisir une propre. Ses cheveux blonds étaient humides et aplatis par la pluie, ses épaules et ses cuisses étaient trempées – il semblait un chien mouillé, affolé et féroce.

« Pas si on les aide, Linspré ! Pas si on sort enfin de l’ombre pour prendre la tête du mouvement !

– Du mouvement ? Linspré ricana, sans lever les yeux de son repas. Une poignée d’enragés, des pillards et des voleurs, crois-moi frangin, il ne faut pas qu’on nous associe à ça. »

Un instant, il sembla que l’Es allait exploser, qu’il allait bondir pour terrasser la bête devant lui. Il resta là sans ne savoir que répondre, furieux, et puis enfin il jeta la chaise contre un mur et se mit à marcher de long en large dans la pièce.

« Bran, Linspré, nous sommes des voleurs ! Ces imbéciles s’en prennent aux Italiens du triangolo au lieu de s’en prendre à ceux qui crèchent aux Quinze-Vingts, au lieu de s’en prendre à la Commune !

– Nous y voilà, répondit Linspré d’une voix calme en repoussant son assiette vide. Si tu es venu me voir ce sorgue, contrevenant ainsi aux commandements que je t’avais clairement donnés, ce n’est pas pour lancer la révolution. » Il tira vers lui un plateau de fromages et une miche de pain. « C’est pour protéger ta ritale. »

L’Es arrêta soudain ses allées et venues, voulut répondre, leva la main puis, ne trouvant rien à dire, la ramena contre sa cuisse.

« Tu sais comme moi qu’il est trop tôt, que même si nous parvenions à foutre par terre le Comité les Merçais seraient sur nous en trois jornes et que tout cela n’aurait servi à que dalle. Seulement tu es prêt à tout sacrifier pour une gonzesse. » Il coupa une tranche de fromage et l’écrasa sur une tranche de pain. « Tu m’étonnes, l’Es. Je l’admets, je pensais te connaître, mais cette fois, non, je ne te comprends pas.

– Cela ne m’étonne pas, » lâcha l’Es d’un ton sec.

Linspré leva enfin les yeux sur son interlocuteur, dévoilant son masque terrible.

« Ne fais pas le momacque, l’Es. Il est trop tôt. Nous ne ferons rien tant que les Merçais seront trop près, je te l’ai déjà jasé. »

Et puis il rebaissa la tête pour boire une gorgée de vin.

« Tu veux donc attendre la fin de la guerre ? » s’exclama l’Es, mi-railleur, mi-exaspéré.

Il y eut un court silence, et puis Linspré souffla :

« Tu m’emmerdes, l’Es. J’aimerais que tu me laisses finir de grailler peinard. »

Il eut un mouvement de la main pour le congédier, et l’Es, après un instant, poussa un soupir exaspéré et sortit de la pièce.

*

* *

Vers quatre heures du matin les émeutiers, chassés du triangolo par la garde communale, refluèrent sur la place de la Liberté sous une pluie battante. Très vite ils tentèrent de bloquer les cinq passerelles qui permettaient, depuis le boulevard Beaumarchais et les quais Richard Lenoir au nord, la rue Saint Antoine à l’ouest, les boulevard de l’Arsenal et Bourdon au sud-ouest, du boulevard de la Bastille et de la rue de Naples au sud-est et des rues du Faubourg Saint Antoine et de la Roquette à l’est, de monter sur la grande plateforme de fer brassé qu’est la place de la Liberté et qui enjambe monumentalement le canal Saint-Martin. Sous les émeutiers les flots bouillonnaient et il semblait qu’à tout instant un monstre marin aurait pu en jaillir et dresser sa gueule de serpent vers l’immense monument à la Liberté, cette sculpture de fer sise au sommet d’une immense écluse et qui figure trois femmes ailées s’élevant vers le ciel à travers la plateforme. Celle-ci avait été construite à plus de six mètres au-dessus du niveau du canal pour que des péniches lourdement chargées puissent passer dessous, elle n’arrivait pourtant qu’au haut des mollets des trois anges. Au niveau de leurs cuisses galbées et de leurs tailles minces passaient les longs viaducs de fer anthracé qui portaient des lignes de sidérophidien au travers de la place. De la plateforme on voyait à peine leurs visages sévères, immobiles et dégoulinants de pluie ; leurs bras tendus se perdaient dans les nuages.

Quant à lui, Amaranthe était assez haut pour voir plus clairement ces visages. La première, coiffée d’un bonnet phrygien et drapée de guenilles, brandissait son poing furieux vers l’orage et foudroyait la rue de Naples au sud-est de son regard. La seconde, vêtue d’un grand tablier, semblait agiter son marteau de son bras puissant comme un avertissement vers le canal qui continuait vers le nord, vers la Villette. Un éclair illumina pour un instant le visage harmonieux et sérieux de la troisième qui, un livre à la main, fixait le triangolo, au sud-ouest, et avec une confiance apaisante.

C’était pourtant de là que venait la foule obscure de la garde communale. Depuis le toit où il était assis au bout du boulevard Beaumarchais, Amaranthe voyait les fusils et les casques, brillants dans l’orage furieux, avancer avec prudence parmi les formes sinistres et inquiétantes des grues du port de l’Arsenal qui, perdues dans la tourmente, semblaient de gigantesques potences auxquelles on aurait pu pendre des géants. Quand les officiers virent que les émeutiers avaient profité de l’étroitesse des passerelles piétonnes et de la surélévation de la plateforme par rapport au niveau des rues et des quais pour installer des barricades – ensembles hétéroclites de pavés arrachés, d’autos renversées et d’un désordre indescriptible d’objets divers – ils ordonnèrent à leurs hommes de se tenir à distance. Il sembla alors que les émeutiers avaient gagné, qu’ils avaient fait de la Liberté une forteresse inexpugnable, que la garde communale ne pourrait venir les déloger de leur nid de métal perché sur les flots tourmentés. Les statues de la Lutte, du Travail et de la Science paraissaient veiller sur eux comme trois anges de fer gigantesques. Comme au théâtre pour l’acte final, le temps semblait s’allonger sous l’effet du suspense.

Amaranthe pourtant avait le regard vide, comme s’il savait déjà le dernier mot de la pièce… c’est qu’il l’avait déjà vue. Sur le zinc autour de lui coulaient des torrents furieux, souvent des éclairs révélaient sa forme noire. Il avait un chapeau, mais la pluie était trop forte et trempait son visage. Il voyait les émeutiers s’amasser, minuscules fourmis, deux cent, peut-être, derrière leurs barricades ! Ils lui en rappelaient d’autres, qui étaient sur ses épaules comme un fardeau. Il se détesta de ne pas pleurer, ou bien de ne pas descendre les rejoindre, et cette nuit-là il eut bien du mal de se convaincre que l’aube viendrait bientôt. Ils avaient des fusils et d’autres armes, mais surtout des pavés, et leurs poings ! et lui n’avait que son chapeau, à mettre devant ses yeux.

Soudain il y eut des battements de tambour et la garde avança vers les passerelles de l’ouest et du sud-ouest. On cria de l’autre côté des barricades, et il cria avec eux ! on jeta des pavés mais les gardes étaient trop loin encore, quelques coups de feu éclatèrent, qui ne touchèrent pas leur cible.

Il y eut le vrombissement d’un moteur, et un claquement qu’Amaranthe reconnut aussitôt. Il s’aplatit sur le toit, et jura en voyant les phares d’un aérostat d’abordage surgir du ciel noir. Ces petits dirigeables, conçus à l’origine pour passer à l’abordage de navires de guerre ou même de plus grands aérostats, pouvaient s’orienter dans toutes les directions grâce à de nombreuses hélices qui étaient à l’origine du claquement qu’Amaranthe avait reconnu. Ces hélices les rendaient particulièrement aisés à manœuvrer, même en milieu urbain ; et depuis que les ingénieurs du Magistère avaient trouvé un moyen de les isoler de la foudre et des champs magnétiques à l’aide de cages de métal, ils pouvaient même voler par temps d’orage.

Derrière leurs barricades, les émeutiers éclatent en cris de terreur. Ça y est, il pleure. Légèrement balloté par le vent, mais fidèle à sa trajectoire, l’aérostat pique vers la place de la Liberté, s’incline sur le côté, et ouvre le feu. Pitié ! Miséricorde, crie-t-il dans le vide. Sous sa mitraille la plateforme de fer vibre dans une cacophonie métallique. La foule panique et lâche les barricades.

Quand elle vit les émeutiers abandonner leurs postes la garde s’élança à travers la sorte de brume que la pluie faisait près du sol en s’abattant avec furie. De l’autre côté les cinquecento de Pietrangeli avaient déboulé par la rue de Naples pour être de la fête, et bientôt les barricades cédèrent de tous côtés, et les émeutiers tentèrent de fuir vers le nord et l’ouest. Certains, terrifiés par le dirigeable qui continuait à rugir comme un gros insecte au-dessus de leur tête, se jetèrent dans le canal. Et lui ne savait plus rien, ne savait plus quoi.

Des pas sonnèrent sur le toit de zinc, et une forme plus petite s’assit près de lui.

« Raffaele est en sécurité, Part-de-Coère. Une section de cognes crèche sous sa luisante.

– Je savais que je pouvais au moins compter sur le Rouquin pour protéger sa marquise. Allez, Chimère, va chercher tes drilles et fais-leur nettoyer la Liberté quand tout sera fini. »

La gamine s’éloigna d’un pas leste et agile, prenant bien garde de ne pas glisser.

« Qu’au moins ce gâchis serve à quelqu’un… » souffla Amaranthe dont les yeux n’avaient pas quitté la place où les carcasses de quelques autos fumaient sous le déluge.

*

* *

« Bah, Part-de-Coère ou pas, c’est pas comme si j’allais attendre que tu m’y autorises, » marmonna la Chimère en trottant vers un escalier d’incendie. De là elle descendit jusqu’à la rue – dans sa hâte, elle sauta les quatre dernières marches. Trois de ses drilles l’attendaient en bas et regardaient vers la place fumante, l’air épatés.

« Vrai qu’on ne voit pas pareille pagaille tous les matins, souffla la gamine, et elle leur tapa sur l’épaule. Alors, les copains, on lambine ? Allez, au turbin. »

Et les quatre petites formes obscures avancèrent vers la place que la garde avait désertée en partant à la poursuite des derniers émeutiers. Il n’y avait plus là que des blessés, agonisants, et quelques infirmiers qui tentaient de les sauver. Alors les gamins se mirent à l’ouvrage, fouillant de-ci, de-là, pour chiper montres, bourses, pantalons, et même mouchoirs – tout ce qui pouvait se vendre ou se mettre. C’était une triste besogne, mais ils en avaient l’habitude : quand on ne peut être prédateur, il faut se faire charognard.

La Chimère marchait à travers la fumée et la pluie, parmi les cadavres et les mourants. Ça ressemblera à ça, la fin du monde, pensa-t-elle, et elle se pencha pour prendre une chaîne d’argent au cou d’un jeune homme qui ne devait pas avoir vingt ans. Elle se redressa, et pencha sa petite tête dégoulinante de pluie sur le côté. Elle regardait les yeux du mort, ces yeux bruns écarquillés. Elle eut un goût de bile sur la langue, comme un début de nausée, et puis elle s’élança, dansant d’un pied sur l’autre au-dessus du corps.

« Un, deux, trois, chanta-t-elle,
je suis cruelle,
je vais te battre
à la marelle

Quatre, cinq, six,
un grand m’embête,
gare à sa tête
s’il s’entête !

Sept, huit, neuf,
j’arrive au ciel,
sans trop m’en faire,
les pattes en l’air ! »

Sur ces derniers mots elle sauta lestement par-dessus le macchabée et partit d’un éclat de rire.

*

* *

Le matin suivant, le tôlier de la brasserie des Martyrs entendit du bruit dans l’arrière-salle. Il lâcha son balai et se précipita derrière le zinc, fouilla un instant dans un tiroir puis attrapa une simple feuille de papier blanc, proprement pliée en quatre. Il alla toquer à la porte.

« Entre, » lui répondit-on d’une voix autoritaire.

Inquiet, l’homme hésita un instant, et puis poussa la porte. Un homme était assis à la table, dos à lui, vêtu d’un manteau gris. A sa droite une canne noire ornée d’un pommeau d’argent était appuyée à la table. A sa gauche était le masque d’épines. Le regard affolé du tenancier vola du masque à la chevelure de l’homme, puis au masque à nouveau, et il eut un frisson de frayeur. Il baissa alors les yeux, comme pour éviter de voir l’homme assis devant lui, comme s’il émanait de son corps une lumière si éclatante qu’elle pourrait l’aveugler ou lui brûler le visage.

« Alors ? » dit la voix, agacée.

Le tenancier lâcha la feuille de papier sur la table, comme si elle lui brûlait les doigts. A côté du masque.

« C’est monsieur l’Es qui me l’a confiée plus tôt ce matin, » dit-il.

L’homme prit la feuille de papier et hocha la tête comme pour remercier l’autre, qui fit demi-tour et quitta la pièce sans demander son reste. Alors Linspré glissa le pli dans une poche de son manteau, se saisit de la canne et de son masque, et se leva. Pour quelques instants il disparut dans ses appartements, puis il reparut rue Houdon, par un passage connu de lui seul et qui devait ressembler à l’enfer.

L’orage s’était tout juste tu et des ruisseaux couraient encore entre les pavés. Le ciel était clair, et l’homme prit une profonde inspiration avant de se mettre en marche dans la direction de Barbès en tenant la tête baissée pour que son capuchon cache bien son visage. Courbé ainsi sur sa canne il semblait un vieil homme. Après quelques pas il se souvint du mot de l’Es et le déplia. Il n’y avait qu’une phrase manuscrite, tracée d’une encre noire :

« Plus de déluge, le feu la prochaine fois. »

Il sourit et jeta le bout de papier dans le caniveau, puis reprit sa route en sifflotant un air gai.

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