LGC – 10 – Ad astra

Dès le lendemain Paris semblait avoir oublié l’émeute ; on avait nettoyé les rues et sitôt le sang rincé le souvenir amer de la défaite s’était effacé aussi. Et toute la ville n’était pas en deuil, comme on aurait pu s’y attendre ; elle n’avait pas peur, elle n’était pas même maussade. Elle était en liesse ! Il n’avait fallu que quelques heures, à peine, pour que chacun sache ce qui s’était passé sur l’avenue du 10 Août. Et ce coup, ce simple coup porté à la Commune faisait oublier tous les échecs, parce qu’il apportait l’espoir. Dans les rues on chuchotait avec animation et on échangeait des rumeurs… On ne savait rien, mais on pensait tout savoir, et à entendre la foule on pouvait douter que tous parlaient de la même embuscade. Le convoi était devenu un train armé, avec canons et mitrailleuses, et des dizaines de prisonniers avaient été délivrées, qui en ce moment même préparaient la révolution.

L’ordinaire passait, et on se taisait. Celle-ci s’agitait, et on disait : Quand les grives volent bas, c’est qu’il va pleuvoir bientôt, et les grives c’était la cohorte ordinaire et la pluie la révolution. On disait aussi : Le Merçais sera bientôt là, et cela intriguait beaucoup la garde parce qu’on le disait avec espoir, et pas avec crainte, mais elle ignorait que le Merçais c’était Albion, le premier lieutenant de Linspré.

Linspré, dont partout le nom revenait, soufflé avec admiration, Linspré avec ferveur, Linspré. Ennemi public, peut-être, mais champion du peuple, mais grand capitaine du mouvement. Son nom était partout, sur les lèvres et sur les murs, Linspré comme un avertissement et une invocation, un nom pour conjurer la guerre et la famine, un nom murmuré comme garantie, comme assurance. Linspré c’était l’espoir et la révolution, c’était la lutte aujourd’hui et la victoire demain.

En ce temps-là, la distinction entre le peuple et l’ordinaire était une illusion, l’ordinaire était du peuple, et le peuple faisait l’ordinaire – quand le peuple murmurait la garde l’entendait. Parfois les gardes ne disaient rien, car eux aussi ils voulaient le chambardement, la fin de la guerre, parfois ils étaient achetés par les Sociétés. Mais quelquefois ils allaient trouver leurs supérieurs, qui parfois n’étaient pas corrompus. Alors on arrêtait un bavard, qui avait vanté les mérites de Linspré et prophétisé sa victoire, mais il ne savait rien, et on ne savait pas bien quoi faire de lui, alors on le relâchait.

En somme la tête cherchait, mais les yeux se fermaient d’eux-mêmes, et les mains ne voulaient pas trouver. Dans ce désordre-là les rumeurs fleurissaient, et Linspré était bien tranquille. Et puisque Paris révérait Linspré, il était naturel qu’elle fût en liesse.

Pour Amaranthe, c’était différent. Certes l’embuscade avait réussi, et le Surin était libre. Il lui restait, pourtant, un coup à jouer, bien qu’en ce temps-là personne d’autre que lui n’en avait encore conscience. Il lui restait, en quelque sorte, à placer un pion sur la dernière ligne de l’échiquier.

C’était jour de marché sur la place des saisons, et la presse était grande autour d’une étrange fontaine qu’on venait de construire, et qui avait déjà gagné à la place le surnom de place des brouillards qu’on lui donne toujours. C’était ce qu’on appelle une fontaine à brume ; sous les pavés dormait toute une machinerie de pompes et d’engrenages, et tout le jour durant une centaine de buses crachaient des voiles de brume qui plongeaient le cœur de la place dans un épais brouillard. Il y avait un orgue de barbarie qui jouait un air gai – un air bohémien.

Amaranthe était contre une statue et il regardait autour de lui. Il songeait que le bruit, la musique, la foule et le brouillard au centre de la place en faisaient le théâtre idéal pour sa manœuvre. Il savait aussi que cela ne serait rien de moins qu’une petite révolution au sein de la Société, mais il savait aussi que cette révolution était nécessaire et qu’il valait mieux la faire maintenant que Linspré avait quitté Paris, et qu’il l’avait laissé en charge. Le bon endroit, et le bon moment – il avait manœuvré adroitement, et ce dernier coup n’était qu’une formalité.

Le guet des Batignolles sonna onze heures.

*

Onze heures – Jean se hâta, bousculant quelque peu la foule autour de lui pour rejoindre la silhouette malingre d’Albion, qui se tenait près de la statue du printemps.

« Juste à l’heure, frangin. C’est bien. »

Jean sourit. Qu’est-ce que cela serait, cette fois ? pensa-t-il. Plus d’informations sur l’Apôtre Second et ses activités ? Ou bien sur les autres Sociétés, les secrets de leurs dirigeants, les noms de leurs maîtresses ? Ou bien sur les gradés de la police parisienne ? Au cours des derniers mois il avait semblé à Jean que son ami le préparait à quelque chose d’important, quelque chose de secret… il ne lui avait jamais même demandé de quoi il s’agissait, car il savait qu’Albion ne lui aurait pas donné de réponse.

« Allume derrière mézigue, fit Albion. Près de l’étal du maraîcher. La grande perche, avec la casquette noire, tu le vois ? »

L’homme était immense, et dépassait d’une tête tous ceux qui l’entouraient… même dans la foule qui se pressait autour des étals, il était difficile de le manquer. Jean hocha la tête.

« Allume à son anguille. »

Jean fit comme on lui demandait et regarda à la ceinture de l’homme. Une bourse y était attachée, bien en vue.

« Profite qu’il est en train de choisir ses tomates. »

Jean fronça les sourcils, regarda autour de lui. Il n’était pas certain de comprendre ce qu’Albion attendait de lui. Un vol à la tire ? Ça n’avait aucun sens… avec cette foule, et une cible si… facile ? Pour qui Albion le prenait-il ?

« Allons, allons, frangin, fit Albion en riant, tu n’as tout de même pas le tracsir ? »

Jean haussa les épaules et s’approcha de l’étal de légumes. La presse était forte, et il n’eut pas même à mimer une collision. Il se planta derrière son client, prenant l’air d’examiner les légumes, pendant que sa main, leste, tirait une petite pince de sa veste. De sa main droite, il s’apprêta à trancher le cordon qui retenait la bourse, tandis que la gauche se mettait en dessous pour la récupérer. Inspiration. Il coupe – le poids de la bourse dans sa paume…

« Au voleur ! » cria-t-on aussitôt, et Jean sursauta.

Aussitôt trois pensées se disputèrent son attention : d’abord, comment avait-on pu le faire au milieu d’une telle foule ? ensuite, comment allait-il s’échapper d’une telle foule ? enfin, et surtout – il avait déjà entendu cette voix.

Il n’eut pas le temps de se souvenir où, pourtant, car l’homme qui avait crié s’était jeté sur lui et le frappa de sa canne. Bloquant la canne avec sa main, Jean tenta de se dégager de la nasse qui se refermait sur lui, mais un poing venant de nulle part le frappa au ventre, puis il sentit un coup de canne sur son dos, et bientôt il fut passé à tabac par tout le peuple autour de lui ; et les injures volaient.

« Bandit !

– Fils de garce !

– Crapule ! »

Et tout autour on venait voir la cause de ce tumulte, et des étals étaient renversés, et le bruit et le désordre étaient à leur comble. Jean se sentait stupide – manquer un coup comme celui-ci ? Bientôt pourtant les coups se firent moins nombreux sur son dos, et il craint que la police soit venue ; qu’on l’attrape. Pour une bourse ! Il se retourna et eut un hoquet de surprise en reconnaissant un de ses agresseurs.

*

Amaranthe regardait Jean s’approcher de son client, l’air le plus naturel du monde. Rien dans ses gestes ou dans sa démarche ne trahissait l’acte qu’il allait commettre, et en vérité s’il n’avait pas lui-même demandé à Jean de voler cette bourse, Amaranthe aurait pensé que son ami allait simplement acheter des tomates. Le voyant tout près de sa cible, Amaranthe se retourna, et retrouva trois hommes qui bavardaient tranquillement de l’autre côté de la statue du printemps. Deux d’entre eux portaient de solides cannes, et tous portaient de grands manteaux gris ou noirs.

« Messieurs, fit-il comme pour les saluer, et ils se dispersèrent tout autour de Jean et de son client.

– Cet homme-là va voler la bourse de celui-ci, disaient-ils aux passants.

– Je connais cet homme, c’est un voleur !

– Citoyen, tu vois cet homme ? Je l’ai entendu dire qu’il allait prendre la bourse de celui-ci. »

Pour l’instant les passants ne faisaient rien, dubitatifs, mais ils observaient. Tous regardaient Jean, et Jean regardait son client, et son client ne se doutait de rien. Et puis, quand enfin Jean prit la bourse de l’homme à la casquette noire, l’un des hommes en manteau cria :

« Au voleur ! »

Et tous se jetèrent sur lui. D’abord, il s’agissait de créer la cohue, pensa Amaranthe en remuant la foule, tandis que ses comparses passaient Jean à tabac et l’insultaient aussi bruyamment que possible. A mesure que la foule se massait autour d’eux, le tumulte augmentait, et le badauds ne savaient plus qui était le voleur et qui était la victime, et dans le désordre les hommes en long manteau se mirent véritablement à l’ouvrage. Alors Amaranthe s’approcha de Jean, qui se retourna et écarquilla les yeux de surprise en le reconnaissant.

« Fais ton office, canaille, » souffla-t-il dans son oreille.

Derrière eux celui qui avait crié au voleur profitait de la cohue pour faire les poches d’un monsieur en costume. Plus loin un autre prenait les perles d’une dame – Amaranthe attrapa le portefeuille d’un vieillard. Et ce faisant les quatre acolytes faisaient toujours du bruit et du tumulte, et la bastonnade était devenue une rixe.

Enfin Amaranthe fit signe à un de ses comparses qui attrapa brusquement Jean par le col et le tira en arrière, loin de la cohue jusqu’au brouillard de la fontaine où ils disparurent tous les cinq.

*

Une fois de plus, Jean avait été mené, les yeux bandés, dans la salle obscure sous la brasserie des martyrs. Ils étaient loin sous la terre, loin des rumeurs de la ville et de ses odeurs – il semblait à Jean qu’ils étaient plus proche du royaume des morts que de celui des vivants. Le trône, devant lui, était vide, mais huit ombres siégeaient à ses côtés.

Une voix s’éleva à la droite du trône, une voix de femme qui sonnait comme celle d’un spectre dans cette cave lugubre ; Jean reconnut celle qu’il avait entendu lors de son initiation.

« Frangin Jean, les Sociétaires ont jugé tes preuves de foi suffisantes, et tu as fait ton second chef d’œuvre ce matin. Es-tu prêt à prêter serment et à nous rejoindre dans cette assemblée ?

– Oui. »

Un silence, à nouveau. Leurs neuf respirations – Jean reconnaissait celle d’Albion devant lui – peut-être juste à gauche du trône ; et, il lui semblait, celle de Bilal, un peu derrière lui.

« Répète : Moi, Jean, fais vœu de silence – que ma bouche se dessèche si je mange sur l’orgue. »

Il répéta, jurant ainsi de ne jamais dénoncer ses camarades.

« Moi, Jean, fais vœu d’honnêteté – que mes reluis perdent la vue si je mens à mes frangins ou leur cache rien. »

Et à nouveau, il répéta.

« Moi, Jean, fais vœu d’humilité – que mon sang pourrisse si je mets mes intérêts devant ceux de la Société. »

Et quand il fit ce troisième vœu, un cercle de flammes jaillit des pierres autour de lui en rugissant. Il tressaillit, surpris et soudain aveuglé par leur lumière, et puis les flammes s’éteignirent aussi soudainement qu’elles avaient surgi.

Et puis il entendit la voix d’Albion, et il vit le bras de son ami sortir de l’ombre pour lui indiquer le fauteuil à son côté.

« Avance, Sociétaire, et rejoins tes pairs, » dit-il.

*

Plus tard ce même soir, dans l’arrière-salle de la brasserie des Martyrs, derrière la porte farouchement gardée par Pierrot, les malfaiteurs s’étaient assemblés. On avait dressé une longue table de bois au milieu de la pièce et six hommes y étaient assis.

« Jean, frangin, je crois que je me souviendrai toujours de la gueule que tu as tiré en me faisant parmi tes agresseurs, se moquait Albion, qui rayonnait dans une chemise écarlate. Des châsses comme des assiettes ! Faut dire qu’Himmelfarb n’y est pas allé de main morte.

– Désolé, fit Himmelfarb, un sociétaire en qui Jean avait reconnu un de ses agresseurs qui l’avait passé à tabac avec une canne. Fait partie du rite, en quelque sorte. »

Himmelfarb, qui était le Passe-muraille de la société, avait le visage en lame de couteau, des lèvres pincées et un nez aquilin qui lui faisaient le profil d’un oiseau de proie, et des favoris noirs et ras, des cheveux bouclés, un anneau à l’oreille gauche et un autre à la main droite – une grosse bague de fer. Ses anneaux, son allure chaloupée, et surtout ses yeux d’un bleu très pâle qui lui avaient valu son surnom et étaient très enfoncés, lui donnaient l’air d’un vieux loup de mer taciturne. Il parlait peu, et toujours de manière brève, hachée.

« Ouais, fit Mâchemots, que Jean avait aperçu lors de l’embuscade de l’Avenue du 10 août et qu’il avait reconnu sur la place des saisons, les deux chefs-d’œuvre… la bourse avec les grelots, le passage à tabac en public… c’t’une tradition d’la vieille pègre de Paname, ça. Je m’souviens encore d’mon deuxième chef-d’œuvre, rit-il. Un zig m’vait fichu un sale coup dans l’genou… ha ! J’ai eu une pat’ folle p’dant dix jornes ! »

Et il ricana en regardant Albion, comme pour le prendre à témoin, mais celui-ci avait perdu le fil de la discussion. Il observait avec amour les fresques et gribouillis divers qui ornaient les murs noirs de cette pièce sans fenêtres, éclairée seulement par une lampe de cuivre qui descendait du plafond. Sur le mur à sa gauche il y avait une sorte de constellation en forme de poing, dont chaque jointure était un quartier de Paris : Grenelle, Passy, Rome, Montmartre, Montorgueil, Belleville… en face, on pouvait lire l’article deuxième de la déclaration des droits du citoyen adoptée par la Commune en l’an 82 : « La Commune Insurrectionnelle de Paris a pour but la conservation des droits imprescriptibles de ses citoyens. Ces droits sont la liberté, la sûreté et la résistance à l’oppression » – ces derniers mots étaient soulignés. Au-dessus de la porte d’entrée, et tout autour, s’étalaient des caricatures insultantes, souvent très grossières, de membres du Comité de Salut Public des vingt dernières années. Nombre d’entre elles dataient du temps du Grand Aure. La dernière fresque en revanche, qui ornait le mur du fond, était récente : elle figurait le dieu gael Lug Samildanach, protecteur des marchands, de l’industrie et des voleurs.

C’est bien le mouvement, ça, pensait Amaranthe. Un martyr sur le mur du troquet, allez ! et l’aure des voleurs dans l’arrière-salle. A côté de lui il entendit Bilal discuter avec un sixième sociétaire qui occupait le bout opposé de la table – visage maigre et couturé de cicatrices, sa barbe mal taillée et ses cheveux broussailleux se mêlaient déjà de cheveux gris ; il avait une tâche de naissance sous son œil droit et ses vêtements délavés et rapiécés dégageaient une légère odeur d’alcool et d’urine. Celui-ci ne parlait pas vraiment pourtant, il écoutait et parfois souriait, ou bien acquiesçait en silence, et c’était plutôt Bilal qui, comme à son habitude, se perdait en longs discours sibyllins. Il parlait de Linspré.

« Je ne l’avais jamais vu aussi nerveux, intervint Amaranthe. A tourner en rond comme ça, en attendant que le convoi vienne. Je comprends, attaquer un convoi armé de la garde ça n’est pas une mince affaire, voilà, mais bran ! il a déjà fait pire… En fait, je croyais qu’il était trop barge pour avoir le tracsir de quoi que ce soit, voilà.

– C’est Belladone, siffla Bilal, un ton plus bas. Il n’a jamais peur pour lui, mais pour les autres, oui… surtout elle. »

Amaranthe haussa les épaules, dubitatif.

« Des histoires, ça ! Allez ! m’est avis qu’il est trop barge pour ça. C’est un momacque, Linspré, tu piges ? Il ne faut pas lui prendre ses jouets, c’est tout. D’ailleurs, il ne s’attache à rien, sauf peut-être à son beurre, voilà. »

Dans cette dernière remarque il y avait de l’amusement, de la moquerie, certes… mais dessous un reproche, comme un peu de bile mal déguisée. Bilal haussa les épaules.

« Peut-être. Mais un sacré momacque, alors, siffla-t-il. Il y a les évènements autour de sa naissance, d’abord… Enfin moi je ne suis pas sûr, mais ça expliquerait pourquoi il est aussi fêlé. »

Amaranthe éclata de rire.

« Bran, Bilal, tu me feras toujours marrer. Allons, allons, tu ne crois quand même pas à ces conneries ? Tu vas me dire que tu crois aussi à la rumeur selon laquelle il aurait tué son premier cogne à sept piges, aussi ?

– Et pourquoi pas ? s’insurgea Bilal, vexé. Son daron était aussi taré que lui… »

Alors qu’Albion devisait avec Bilal des rumeurs qui circulaient sur les exploits passés de Linspré, Mâchemots qui était assis face à lui le regardait avec une bienveillance paternelle.

« Ouais, Amaranthe… t’jours à s’moquer des superstitions des aut’ ! rit-il. ‘Fin, c’m’on dit, on voit la paille plutôt qu’la poutre, ou bien je n’sais plus quoi…

– Amaranthe ? » demanda Jean, qui présidait à un bout de la table.

Himmelfarb, qui était assis entre Mâchemots et Jean, désigna Albion d’un bref signe du menton.

« Pourquoi est-ce que vous l’appelez Amaranthe ? demanda Jean en fronçant les sourcils.

– Oh, j’suis pas ben sûr, hein, répondit Mâchemots. C’est les ch’mises, il m’semble. En fait, d’autres l’app’laient comme ça quand je l’ai rencontré. C’tait au début, en fait, avant qu’il r’joigne l’mouvement. ‘Fait il n’y avait pas encore d’mouvement, hein. Après, les gars du milieu s’sont mis à l’app’ler l’Es. Mais avant c’tait Amaranthe, ‘fait.

– Toujours trouvé qu’Amaranthe lui allait mieux que l’Es, intervint Himmelfarb de sa voix brusque.

– Je l’ai toujours appelé Albion, expliqua Jean. Parce que c’est sous ce nom qu’on me l’a présenté, je suppose.

– Albion ? Himmelfarb rit doucement, tandis que Mâchemots ricanait plus loin. Pourquoi diable Albion ? Né à Paris et y a passé toute son enfance. Enfin, fait partie du personnage. Toujours à courir à droite à gauche, prétendre qu’il est ceci, ou cela. M’étonne qu’à moitié. Suppose que c’est pour ça qu’on l’appelle l’Es. »

Mâchemots hocha la tête en mordant de sa mâchoire terrible dans sa cuisse de poulet, puis jeta un regard vers Albion, qui dut s’en apercevoir car il s’arrêta au milieu de ce qu’il disait à Bilal et se tourna vers Mâchemots pour s’exclamer :

« Eh ben, frangin, qu’est-ce que t’as à m’allumer comme ça ? Assez parlé de moi, allez ! on est ici pour fêter la libération de Brune – il eut un sourire à ce nom – et la promotion de Jean, pigé ? Voilà.

– Ouais, approuva le sociétaire aux allures de mendiant assis en bout de table à l’opposé de Jean et qui n’avait rien dit jusqu’alors, célébrons bien le frangin Jean. » Il rit, aigre. « Ça me rappelle quand j’étais jeune… moi aussi j’voulais tout avoir, le pèze, le pouvoir, les gonzesses. C’est beau l’ambition, ça occupe les jeunes. » Il rit encore, et puis leva son verre. « Allez frangins, à la sienne ! »

Tous burent en silence sauf Jean, que le discours de l’inconnu avait insulté. Il se rappelait la promesse qu’il s’était faite en rejoignant la Société de l’Apôtre Second, et grimaça à l’idée qu’on puisse l’accuser d’agir par ambition. L’autre ne lui laissa pas le temps de répondre – son verre fini, il se leva et les quitta sans un mot. Himmelfarb se pencha vers Jean et lui tapa l’épaule.

« T’en fais pas. N’a plus tout sa tête, les Mouches.

– Ouais, les Mouches, répondit Mâchemots à la moue interrogative de Jean. R’pport à c’qui lui vole t’jours autour à cause qu’y sent, en fait. Mais l’est utile, hein ? Il n’est pas sociétaire pour rien, ça non, y connaît du monde, en fait, pas d’beau monde, c’lui du caniveau plutôt. Mais y’a pas un mendiant entre Ney et Poiss’nnière qui c’nnaisse pas les Mouches. D’s’yeux et d’s’oreilles partout, hein ? »

A nouveau Albion changea le sujet.

« Maintenant que j’y pense, les frangins, avec Jean qui nous rejoint parmi les Sociétaires, on est treize maintenant. Eh ben, c’est pas très heureux… enfin, l’un d’entre nous nous quittera bientôt, voilà. »

Mâchemots et Himmelfarb rirent avec lui, et Jean sourit, mais de l’autre côté Bilal semblait bien sombre quand Mâchemots proposa un toste au « Treizième sociétaire, » et se renfrogna encore quand Himmelfarb et Albion se mirent à appeler Jean Porte-poisse ou m’sieur Mauchance.

Sur les coups de dix heures Albion se leva et prit son congé.

« Je dois aller visiter vous savez qui, » s’excusa-t-il.

Jean supposa d’abord qu’il parlait de Linspré, qu’il croyait hors de Paris. Mais Himmelfarb lui demanda de passer le bonjour à Madame Renard, et Jean était à nouveau perdu.

« C’comme qui dirait sa dulcinée, hein, Himmelfarb, c’ça qu’on dit ? lui expliqua Mâchemots une fois qu’Albion fut parti – Bilal l’avait suivi et Jean, Himmelfarb et Mâchemots étaient restés seuls dans l’arrière-salle.

– Peut dire ça, répondit brièvement Himmelfarb. Ne le dit pas souvent, mais si Amaranthe est… avec nous, ce n’est qu’à cause d’une prédiction de Jaana. Une autre sociétaire.

– Ouais, appuya Mâchemots, et elle est douée quand il s’agit d’jouer la voyante, la Jaana, hein ? C’toujours du pipeau, en fait, forcément, enfin, il y en a t’jours pour croire c’qu’ils veulent entendre, hein ? Enfin voilà, l’patron lui d’mande parfois d’faire des fausses prédictions… les politicards superstitieux ne manquent pas, par exemple… mmh, tu te souviens de l’affaire Farault ? un coup de Jaana, hein ‘Farb ? ouais.

– Quand le patron voulait le recruter, coupa Himmelfarb, Amaranthe était très amoureux. L’est toujours d’ailleurs. D’une fille jolie, ça oui, mais mariée. Mariée pas à n’importe qui. Au Rouquin.

– Le Rouquin… tu veux dire…

– Ouais, l’Rouquin, Jules Coussard, l’nouveau chef d’la police de Paris !

– Bête noire du patron, compléta Himmelfarb. Un incorruptible, t’imagines ? Sacré bon cogne, avec ça… Enfin, à l’époque, n’était que sous-inspecteur de la brigade. Mais le patron devait savoir qu’il monterait. Ou peut-être qu’il ne voulait Amaranthe que pour ses qualités personnelles. Amaranthe et Raffaele, la femme du Rouquin, se connaissaient bien. Amaranthe se rappelle souvent au souvenir de la donzelle. Espère qu’elle change d’avis. N’a jamais trompé son mari, que je sache, n’empêche. S’il savait qu’elle fréquentait un sociétaire, ça barderait. Enfin, le patron a dû se figurer que ça serait pratique d’avoir quelqu’un de doué comme Amaranthe. Et quelqu’un qui était intime avec la femme de quelqu’un haut dans la police. Alors Jaana a prédit à Amaranthe…

– Parc’qu’Amaranthe, l’interrompit Mâchemots, il n’voulait pas trop se mêler au, au milieu, hein ? En fait il s’disait le mouv’ment, il faut pas qu’ça d’vienne la pègre. Juste la révolution.

– Oui, continua Himmelfarb, pour ça que le patron a dû demander à Jaana d’intervenir. Alors elle a prédit à Amaranthe que s’il rejoignait le patron, il deviendrait très célèbre, qu’il serait…

– Auréolé de… auréolé de gloire, hein, c’est ça qu’on dit ?

– Oui. Mais surtout lui a prédit que ça lui gagnerait l’amour de Raffaele. Alors bien sûr, ça sentait l’arnaque. Mais l’Amaranthe, aussi matois qu’il puisse paraître, il est un peu tête en l’air parfois, un peu romantique. Et puis il aimait tellement Raffaele. Voulait tellement croire qu’il pouvait gagner son amour. Y a cru, a accepté. Pour ça qu’il est avec nous. Pour ça qu’il continue à rendre visite à ‘Madame Renard’ dès que son mari est très occupé.

– C’soir, il doit être dans tous ses états, hein, le Rouquin, rit Mâchemots, à r’tourner toute la ville pour trouver l’patron, alors qu’en fait – rire – s’il rentrait chez lui, il trouv’rait sa femme ‘vec son plus proche collaborateur, hein ! »

Il éclata de rire, Himmelfarb et Jean sourirent à l’ironie.

« Mais n’a jamais trompé son mari, assura Himmelfarb. N’a jamais montré quoi que ce soit qui puisse laisser penser qu’elle aime Amaranthe. Le reçoit juste, le rencontre en secret. Ecoute ses mots d’amour. C’est tout. »

Il eut un air triste et Jean comprit qu’Himmelfarb et Albion étaient amis de longue date… peut-être avant qu’ils rejoignent la Société de l’Apôtre Second. Qui sait, peut-être était-ce Himmelfarb qui avait conseillé à Linspré de recruter son ami. Les reliefs d’un repas copieux fumaient sur la table, trois bouteilles vides avaient été alignées au bout de la table. Himmelfarb mordit dans un quignon de pain qui traînait encore et vida le cul de la dernière bouteille dans leurs verres.

« Allez, dit-il, finissez ça, qu’on passe en salle. Fait seul ici. Et sec. »

Dans la salle il n’y avait pas beaucoup plus de monde, un vieil ivrogne dans un coin, trois jeunes gens à une table et Sinead au zinc, qu’ils rejoignirent.

« Une rouille d’picrate et quatre verres, Sinead, fit Mâchemots. Tu nous accompagnes. »

La fille de zinc sourit et saisit une bouteille de vin rouge.

« Qu’est-ce qu’on fête ? demanda-t-elle en remplissant les verres.

– Le surnom d’Jean ! rit Mâchemots.

– A Porte-poisse ! fit Himmelfarb.

– A Porte-poisse ! »

*

Dans la chambre obscure flottait la nébuleuse des savoirs et des légendes, la matière de la magie qui s’agençait en signes et en mystères, algèbre hiératique, langage sibyllin d’un monde que l’oubli menace et sublime ; dont le crépuscule obscurcit et révèle l’harmonie. Au cœur du cosmos la vieille près du foyer enseignait à l’enfant ce qu’elle devait savoir, transmettait les mots et le pouvoir.

« Après la mort d’Enora et d’Ardal, Aed prit une nouvelle femme. Elle était belle et sage, et il ne doutait pas qu’elle lui donnât un jour un fils digne de la lignée des Danavuns. Mais son orgueil, qui lui avait déjà attiré les foudres de son beau-frère défunt, le fourbe Fanch, poussa Aed à partir en guerre contre un seigneur voisin, qui régnait sur les terres au-delà de la Seine et qui l’avait offensé.

« Aed mena ses gens contre ceux de son ennemi, et ils se rencontrèrent dans la plaine au sud du domaine d’Aed. La bataille fut féroce, et de chaque côté les forces étaient nombreuses et vaillantes, mais à force de valeur Aed parvint à repousser ses ennemis dans le marais qui était contre la Seine, là où sont aujourd’hui Saint-Paul et la rue des Francs-Bourgeois.

« La bataille semblait alors gagnée, et Aed qui était plus vaillant encore que son père Danavun, et certainement l’homme le plus hardi que la Seine ait connu, allait au-devant des siens, et devant sa fougue ses ennemis fuyaient ou trépassaient. Personne ne pouvait même érafler sa scintillante armure, et de son épée légendaire il répandit le sang de maints braves guerriers. Il était plus formidable encore que Danavun, son père, qui avait conquis ces terres, et ses vassaux marchaient derrière lui sans peur. Eux aussi étaient vaillants et braves comme leurs pères, ils étaient fidèles et preux, leurs épées tranchaient de nombreux boucliers et leurs lances perçaient les corps de leurs ennemis ; et ceux-là fuyaient devant leurs flèches terribles.

« Le marais autour du seigneur Aed et de ses alliés était rouge quand un vieil homme avança vers eux.

‘Aed, cria-t-il, si tu es si brave qu’on le prétend alors tu m’affronteras sans crainte !’

« Aed, offensé qu’un homme si vieux et fragile osât le provoquer en combat singulier, répondit en ces termes :

‘Vieillard, tu ne mérites pas la morsure de mon épée, pourtant il faudra bien que je punisse ton audace.’

« Alors il s’élança avec arrogance, et brandit sa puissante épée. Devant lui le vieil homme n’avait qu’un bâton, mais il frappa lestement et avec tant de force que Kounar, la lame du fier Aed qui avait causé la colère de Fanch et la mort de Danavun, Kounar qui avait percé l’écorce de Maros sans s’émousser, Kounar que les dieux avaient forgée, fut brisée. Alors Aed horrifié tomba à genoux et demanda au vieil homme qui il était.

‘Je suis Dagda, le dieu-corbeau, le dieu très ancien des mystères, celui-là même qui t’avait confié cette épée, répondit le dieu d’une voix grondante, et Aed mit le front à terre.

‘Je suis venu punir ton arrogance, Aed fils de Danavun. Peut-être que de mon épée ton fils fera meilleur usage.’

« Et Dagda disparut soudainement, laissant Aed confondu car il n’avait pas de fils vivant et que l’épée était brisée. En voyant leur seigneur à genoux et son arme légendaire en morceaux, les alliés d’Aed s’enfuirent ou se rendirent à l’ennemi, et Aed fut capturé. Avant d’être exécuté il lui fut permis de voir une dernière fois sa femme. Il lui remit les éclats de Kounar et lui apprit qu’elle était enceinte, et que le fils qu’elle portait forgerait une nouvelle arme à partir de ces fragments, qu’il serait puissant et entrerait dans la légende. »

La vieille femme s’arrêta un instant, et frotta son genou en grimaçant. Elle songeait qu’elle était déjà à la fin de la première partie de son compte, et se demandait si elle n’avait pas été trop rapide. Non, vraiment, elle avait pris huit mois pour raconter cette histoire qui n’était même pas directement liée à celle du Coère… pour autant que la suite le soit. La gosse avait été bien patiente, oui… Elle regarda l’enfant et sentit dans son regard comme une pitié. Elle se dit qu’elle devait lui sembler bien vieille, et bien lasse. « C’est fou comme elle lui ressemble, » songea-t-elle.

« Ainsi s’achève la saga des Seigneurs sur la colline, reprit-elle, qui est la première partie de la Geste des Danavuns ; car après la mort d’Aed plus jamais les Danavuns n’eurent de terre qui soit la leur.

– Mais ça n’est pas fini, hein ? s’exclama l’enfant.

– Non, ça n’est pas fini. Je vais désormais te conter l’Epopée du Grand Coère, qui relate les exploits du fils d’Aed, qui fut un grand héros. »

Et à ce nom le visage de la môme s’éclaira, et elle se redressa dans son fauteuil. La vieille femme prit une grande inspiration. Elle lui ressemblait, oui. Mais lui, aurait-il pu attendre ainsi huit mois ? Certainement pas.

« Vois-tu, reprit la vieille, la dame d’Aed s’échappa avec les fragments de Kounar avant qu’on exécute son mari, car elle ne voulait pas devenir la servante des nouveaux seigneurs sur la colline, et elle se cacha dans les bois. Epuisée, elle ne survécut que grâce aux soins de Cai, un seigneur déchu devenu brigand qui vivait dans la forêt et la recueillit. Mais après huit mois elle mourut en donnant naissance à son fils qu’elle nomma Duncan.

« Le seigneur bandit éleva Duncan près de lui dans la forêt. Duncan était un enfant turbulent et téméraire. Cai tenta de lui enseigner la poésie, mais l’enfant préférait se battre. Il tenta de lui enseigner la musique, mais Duncan préférait la corde d’un arc à celles d’une harpe. Il tenta de lui enseigner l’herboristerie, qui est la science de la guérison et des plantes, mais Duncan préférait monter aux arbres que se pencher à leurs pieds. Tout de même Cai faisait de son mieux pour enseigner à Duncan la patience, car il savait qu’il ne pourrait le retenir longtemps auprès de lui.

« Quand il atteignit l’âge d’homme, Duncan parvint à convaincre Cai de l’aider à forger une nouvelle épée à partir des fragments de Kounar. Pendant trois jours et trois nuits le jeune homme et le seigneur déchu s’activèrent dans la forge brûlante, la sueur moite de leurs fronts brûlés fumait en tombant sur le fer rougeoyant. Par cent fois ils chauffèrent l’épée, et par cent fois ils la plongèrent dans l’onde froide, jusqu’à ce qu’elle fut plus dure que le roc. Ensuite ils effilèrent sa lame jusqu’à ce que son fil soit si fin qu’on ne put plus le voir, et à la regarder seulement on croyait se percer l’œil.

« Duncan nomma l’épée Vrud, puis il quitta la forêt où il avait grandi pour courir l’aventure. »

L’enfant, qui était désormais habituée aux manières de la vieille femme, comprit qu’on ne lui raconterait rien de plus ce jour-là, et elle se leva au milieu de la pénombre.

« Il me semble que tous tes héros ne sont guère matois, la mère, » dit-elle lentement, comme avec une infinie sagesse qui seyait mal à son jeune âge et à son sourire moqueur.

La vieille sourit, sans lui répondre. Elle mit ses vieilles mains au-dessus du poêle et attendit, car elle savait ce que l’enfant allait ajouter.

« Mais tout de même, ils sont fantastiques, fit celle-ci avec rêverie en se dirigeant vers la porte. Ils se battent pour leur honneur, pour leur gloire, et voilà, on se souvient d’eux encore aujourd’hui, et leurs os n’existent plus. »

*

C’était fructidor, et la nuit était chaude quand l’enfant se trouva dans la rue. Avant même d’aller plus loin elle fit avec les doigts le geste pour éloigner les corbeaux de minuit, ces monstres qui mangeaient les yeux des enfants qui se trouvaient dans les rues après le coucher du soleil. Puis elle se mit à chanter à voix basse, en trottinant en rythme sur sa chanson.

« C’est un petit bourgeois qu’a perdu son larfeuille
Qui crie par la ruelle à qui le lui rendra
Qui crie par la ruelle à qui le lui rendra
C’est un gamin d’ici
Qui lui a répondu :
Allez mon bon bourgeois ton blé n’est pas perdu.

« Sur l’air du tra la la la
Sur l’air du tra la la la
Sur l’air du tra déridéra et tra la la ! »

Sur le refrain elle dansait presque. Elle songeait à Duncan, le Grand Coère ! dont elle allait bientôt savoir l’histoire. Duncan… ha ! oui, elle avait douté, elle avait eu cette impression désagréable d’avoir été dupée, cette sorte de honte – elle était la Chimère, cagou ! on ne devait pas la duper. Mais Duncan ! non, décidemment, la vieille ne l’avait pas trompée. Elle avait été… complète, tout simplement. Car bientôt elle allait tout savoir. Et elle sautillait en remontant la rue Vallès.

« C’est notre bon bourgeois qui lui a demandé :
Si il n’est pas perdu tu l’as donc retrouvé
Si il n’est pas perdu tu l’as donc retrouvé
C’est le gamin d’Paris
Qui lui a répondu :
Donne-moi une récompense, il te sera rendu. »

« Sur l’air du tra la la la
Sur l’air du tra la la la
Sur l’air du tra déridéra et tra la la ! »

« Et le petit bourgeois lui dit : c’est décidé
Si tu me le rends je t’en donne les billets
Si tu me le rends je t’en donne les billets
Et l’gamin pas maboul,
Dit au petit bourgeois : le v’la j’l’avais chipé. »

Elle était devant la statue de celui qu’elle appelait « le gusse au grand tarin ». Elle avait entendu dire, une fois, que c’était un héros. Qu’il avait été général, ou quelque chose dans ce goût-là, et qu’il avait conduit une expédition en Grèce. La Grèce, elle ne savait pas trop où c’était, la môme, elle savait seulement qu’il y avait la mer. Elle regarda la statue, et pensa : si les choses avaient été un peu différentes, ce héros-là aurait pu être un gredin.

Et puis elle repartit.
« Sur l’air du tra la la la
Sur l’air du tra la la la
Sur l’air du tra déridéra et tra la la ! »


Fin de la deuxième partie

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