LGC – 1 – 53 rue des Cascades

C’était le 26 Messidor de l’an 218 et le long jour d’été n’en finissait de suer après même que le soleil se fut écrasé sur l’horizon. L’air était lourd. On entendait à peine la foule, plongée par la chaleur dans une léthargie bienveillante, se réjouir mollement sur les boulevards. Etroite, sinueuse, bordée d’immeubles bas et délabrés, accrochée au bout de cette grosse colline qui, de Nogent à Belleville, porte l’est Parisien, la rue des Cascades somnolait. Dix heures avaient sonné au guet Ménilmontant et pourtant la chaleur s’attardait. La gueule sombre du soir s’ouvrait à l’est ; son haleine était celle, chaude et fétide, des nuits qu’aucun orage ne rince.

En face du numéro 53 s’élevait un escalier, le passage Baudin, long de deux cents mètres et composé de trois volées d’une dizaine de marches. Etroit, coincé entre le soutènement à gauche et un autre mur de moellons à droite, il était obscurci par les arbres voisins. Une rambarde en fer séparait les volées de marches en deux voies ; un cyclo-vapeur bon marché y était attaché.

Un homme était étendu contre le mur de droite, après la première volée de marches. Loques délavées, barbe de douze jours, il semblait qu’il était là depuis si longtemps que la rue avait déteint sur lui et qu’il faisait partie du passage maintenant autant que les murs, la rambarde ou les marches. Ses lourdes épaules épousaient les moellons du mur, ses pieds nus avaient la couleur brune et grise des pavés. Aucun passant ne l’aurait remarqué, sinon qui aurait dû enjamber son long corps affalé. Sa jambe droite tombait sur les marches en contrebas, le mollet nu et boueux. Devant lui un feutre brunâtre faisait l’aumône. Son souffle, paresseux, faisait parfois frémir sa moustache. Son odeur, mariage barbare de mauvais vin, de sueur et d’excréments, aurait pu attirer l’attention si Paris n’était pas depuis longtemps déjà accoutumé au parfum rance de la mendicité.

La tête penchée, il semblait dormir. Sous sa crinière crasse ses yeux étaient pourtant fixés sur la porte du numéro 53 de la rue des Cascades, un immeuble de briques de trois étages comme il en avait poussé des centaines dans le quartier.

Face au regard des Petites-Rigoles, la rue de Savies monte des boulevards ; il y venait une silhouette de femme. Elle marchait avec vigueur mais ses bottes étaient légères sur le pavé ; une cape de voyage de lin beige l’enveloppait et sa capuche masquait le haut de son visage. Elle avait la taille haute, les épaules solides, la lèvre crispée. Ses bras nus étaient faits à l’effort. A son épaule une corde s’enroulait, serpentine, et paraissait lui peser. Elle tourna rue des Cascades, vers le numéro 53, et s’arrêta.

« Ietgo, » grogna-t-on.

Elle se retourna vivement et s’avança vers le mendiant en lui souhaitant le bonsoir comme cela se fait dans le Milieu parisien.

« Chenu-sorgue, les Mouches.
– Chenu-sorgue, frangine, » fit le mendiant.

Elle eut un mouvement de recul quand, en voulant sourire, il découvrit ses dents jaunâtres. Il avait le visage sillonné en désordre de rides et de cicatrices. Sa crinière et sa barbe, noires, étaient parsemées de cheveux gris. Ses yeux étaient enfoncés profondément sous ses arcades broussailleuses, il avait une marque noire, probablement une tache de naissance, sous son œil droit. Il lui tendit sa main. Ses phalanges étaient velues et puissantes comme celles d’un grand singe, ses ongles étaient noirs et mal taillés ; elle la serra pourtant. Il jeta un coup d’œil à la corde sur son épaule, montra un instant les dents, mordilla sa lèvre inférieure et fronça les narines.

« Alors c’en est fini pour Jacques.
– Gy. Ce soir il épouse sa veuve. »

Elle parlait froidement : ce n’était pas la première fois qu’il fallait pendre un traître.

« Ha ! c’est bien normal, commenta l’autre en crachant au sol. Pas d’charité pour les poucaves. »

Elle approuva d’un hochement de tête. Le crépuscule lui faisait le regard cruel et envoûtant d’une fée. Sous ses minces sourcils, ses yeux en amande étaient d’un vert profond. Elle avait le nez droit, ses lèvres pincées étaient rougies par la chaleur. Elle mordait l’intérieur de ses joues, et ses doigts jouaient nerveusement avec la corde – pas la première fois, non… seulement elle commençait à s’y habituer et cela l’écœurait un peu.

« Il est lago, continua les Mouches en indiquant la fenêtre de l’appartement de droite du troisième étage, au numéro 53. Pas sorti du jorne.
– Pas moyen de se la donner ?
– Y’a qu’une lourde pour rentrer dans la baraque, fit l’autre en secouant la tête, pas d’cave, que dalle, j’ai vérifié. »

Les Mouches se leva. Il était un peu plus petit qu’elle, à peine. Il enfonça son feutre sur son crâne et avança vers la porte du numéro 53. Derrière lui, à la fenêtre d’un appartement du numéro 47 de la rue de l’Ermitage, la jeune femme crut voir un visage. Stupéfaite, elle cligna des yeux, et le visage avait disparu. Une illusion, certainement, ou bien une manifestation de sa mauvaise conscience.

« Alors quoi ? grogna l’autre.
– Niente, répondit-elle en le rejoignant. J’ai cru viser une tronche à la luisante. »

*

Un homme faisait les cent pas dans une chambre miteuse. La pièce était rectangulaire, une unique fenêtre perçait en son milieu le mur, à gauche en entrant. Tout de suite à droite, dans une façon de placard, on devinait l’ombre d’un pistolet posé sur un tas de chemises froissées. Derrière étaient suspendus un pantalon et une veste élimée. Une lampe à gaz bon marché, attachée à la grosse poutre qui traversait la pièce dans sa largeur, éclairait la pièce de sa lueur vacillante. Sous la fenêtre se trouvait un lit de fortune – un matelas de paille, une couverture de toile de jute ; à droite, après le placard, deux chaises étaient serrées contre une table avec un verre et une écuelle de fer, les reliefs d’un repas chiche. Au bout, contre le mur, trônait une vieille machine à cahouah à percolation inverse avec des boutons de cuivre que le temps avait noircis. Derrière, dans le coin au fond à droite, une porte entrouverte donnait sur une salle d’eau avec un chiotte, un évier, une douche. Les murs étaient nus, et le tout sentait le renfermé.

L’homme avait une petite moustache proprement taillée et une chemise bien rentrée dans son pantalon rapiécé. Ses ongles étaient propres et bien coupés, il se dégageait de lui comme une aura de médiocrité méticuleuse. Son visage émacié était marqué de cernes profonds. Il s’assit et prit son front dans ses mains. Soupira. Se releva brusquement et se posta à la fenêtre pour regarder vaguement dans la rue. Il faisait sombre déjà. Sur la gauche, de l’autre côté de la rue, il voyait naître le passage Baudin, dont la suite lui était cachée par le mur qui le séparait, sur la droite, d’un petit parc en pente, et par les arbres du parc. Plus à gauche encore, en hauteur, des lampes illuminaient encore quelques fenêtres du numéro 47 de la rue de l’Ermitage. La rue était déserte, silencieuse, à peine entendait-il l’écho des festivités du boulevard.

Il était lui-même bien loin de songer à célébrer le 26 Messidor. Ses lèvres tremblaient, et il pensait avec agitation… Ses trois déménagements avaient-ils suffit à brouiller sa piste ? L’avaient-ils découvert ? Aurait-il pu s’y prendre autrement ? Devrait-il quitter la ville ? Il voulut partir. Pris d’une angoisse soudaine, il se jeta sur son lit, attrapa un sac de toile et y jeta, pêle-mêle, une chemise, un peigne, un couteau. Et puis il rit, d’un rire sec, sans joie, d’un rire nerveux, et laissa son sac tomber sur le parquet mal joint. Où irait-il ? Et puis, c’était idiot, ils ne le trouveraient pas. Il avait changé de métier, de quartier, de nom ! il avait rompu tous les liens qui auraient pu les mener à lui. A peine rassuré, il s’assit à nouveau, sur son matelas cette fois. Sa main droite se posa sur la couverture fatiguée d’un livre, mais il ne s’en saisit pas. Son geste s’était arrêté alors qu’il vérifiait, une fois de plus, si rien n’avait pu le trahir – rien n’y faisait, il ne pouvait penser à autre chose. Son corps bascula en arrière et il s’effondra sur son lit, les yeux à demi clos. L’homme tendit le bras pour attraper des feuilles et son paquet de marie-jeanne et commença à rouler une cigarette. On parlait bas à l’étage du dessous, c’était pour lui comme un murmure continu et malveillant, le bourdonnement d’une grosse mouche. D’un geste sec, nerveux, il mit la cigarette entre ses lèvres, fit un mouvement pour attraper son briquet.

Des pas dans l’escalier ! il bondit sur ses deux pieds, se jeta vers le placard… sa main sur son pistolet quand la porte s’ouvre à la volée, heurte violemment son bras droit et le jette à terre… son pistolet qui vole vers l’autre côté de la chambre sur son lit ! il jure de douleur. Une forme surgit dans sa chambre, bondit vers son lit pour se saisir de l’arme, une autre l’attrape par le cou et le relève pour l’asseoir de force sur une chaise, lui lie étroitement les mains.

Une jeune femme s’assit face à lui, il la reconnut immédiatement – ses traits durs comme ceux d’une statue, et ses yeux froids, implacables – il eut un frisson, ramena ses bras contre sa poitrine. L’autre restait debout, près de la porte, son odeur était insupportable.

« Frangin Jacques, disait la voix glaçante, la Société de l’Apôtre Second t’accuse d’être une poucave. As-tu quelque chose à dire pour ta gueule ? »

L’homme ne parla pas. Tremblant, il ferma les yeux. Derrière lui, on se leva et on attacha la corde de chanvre à la poutre où la lampe était déjà suspendue. L’homme, transi d’effroi, entendit un grincement alors qu’on tirait la corde pour vérifier qu’elle était bien attachée, puis un bruit de frottement alors qu’on y faisait le nœud coulant.

« Ça ira, grogna l’homme derrière lui.
– S’il vous plaît… »

C’était un murmure, un souffle, une prière. On l’entendit, mais on ne lui répondit pas. Déjà la femme s’était relevée et l’avait pris par l’épaule. Elle le mit sèchement sur ses pieds et lui fit faire volte-face. Devant lui, une potence improvisée ouvrait sa gueule monstrueuse. Dans un sursaut bestial, il parvint à se défaire de l’étreinte de la jeune femme, mais les Mouches plongea et interrompit sa tentative de fuite d’un coup de poing rapide. Le condamné, sonné, éclata en sanglots. La femme reprit alors, de sa voix impassible :

« Citoyen Jacques, tu as été reconnu poucave. En accord avec les Mots de la Société de l’Apôtre Second, tu es condamné à être béquillé par le cou jusqu’à refroidissement. »

On avait mis l’une des chaises sous le nœud, et on l’y fit monter. Il tremblait violemment ; son visage pâle était tordu par la peur. Quand il sentit le chanvre lui caresser le cou il hurla, s’agita, mais on le tenait fermement. L’odeur âcre de l’urine emplit la pièce ; sa chemise, propre tout à l’heure, était trempée de sueur.

Il avait fermé les yeux.

Une botte cogna dans la chaise et la corde en se tendant eut un crissement affreux. Après une courte chute – une dizaine de centimètres, pas plus – ses jambes s’agitèrent dans le vide, à quelques centimètres à peine du sol… en tendant le pied il l’effleurait presque… Sa bouche s’ouvrit, il voulait crier mais le souffle lui manquait. Ses doigts, blanchis par son effort désespéré, s’étaient crispés et tentaient de briser l’étreinte de la corde et son cou, ses épaules, sa poitrine avaient gonflé. La poutre, sous son poids, grinça au firmament – jamais il ne s’était senti si lourd, si affreusement lourd ! Sous son pantalon, on pouvait deviner la forme de son sexe qui s’agitait, le foutre macula son entrejambe déjà trempée d’urine. Au bout d’une trentaine de secondes, l’expression de son visage s’adoucit : il avait perdu connaissance. Ses jambes, cependant, gigotèrent encore plusieurs minutes, grotesques et silencieuses… puis ses mouvements se firent moins vifs, s’arrêtèrent. On se leva, et un miroir de poche fut présenté aux lèvres bleues du pendu. Aucune buée ne le ternit. Un signe de tête pour signifier que c’était fini, et la chambre fut vidée sans un mot.

Dans l’escalier, en silence. Ils descendaient rapidement, en faisant le moins de bruit possible. Plus vite ils se seraient éloignés de cette chambre, de cette rue, mieux cela vaudrait… rentrer, s’assommer d’eau de vie ou de marie-jeanne – le chanvre sait se racheter. La froideur, l’impassibilité, c’était une carapace pour se protéger, un faire semblant… un garde-fou.

A l’étage du dessous, les voix s’étaient tues, effrayées par le vacarme qu’ils avaient causé. La femme menait la marche, derrière elle venait l’autre avec dans la main droite un livre qu’il avait chipé dans la chambre du pendu. Il l’avait pris au passage, en partant, sans même regarder le titre, parce qu’il avait une couverture en cuir bien propre, d’un brun chaud. Sur le côté, il avait vu que les pages étaient un peu jaunies, ça faisait bien. D’une porte sortait de la fumée, une odeur de soupe. Ils descendaient toujours, ils ne parlaient pas. Leur pas était lourd, et le grincement des marches leur rappelait celui du chanvre. Ils descendaient toujours, en un colimaçon serré et interminable. L’un d’eux toussa. Trois étages, jusqu’à la rue.

Des nuages cachaient la lune. Les Mouches entreprit d’allumer la cigarette qu’il avait prise sur le lit du mort. Son briquet claqua, et la flamme dansa devant son visage, illuminant pour une seconde la rue obscure… ses doigts s’ouvrent soudain, elle voit le point rougeoyant de la cigarette qui tombe vers le pavé noir, elle ouvre la bouche, surprise, lève les yeux, mais il est parti, déjà, ses pas qui résonnent et sa forme devant elle, et derrière elle le choc sourd d’un homme qui saute au bas du mur de soutènement, des cris qu’elle entend sans tenter de les comprendre et son sang qui s’accélère…

Elle aussi, elle court.

*

Au numéro 47 de la rue de l’Ermitage, quatre hommes étaient assis à même le sol d’une chambre vide. Ils jouaient silencieusement aux cartes, à la lueur faiblarde d’une lampe à pétrole. Un cinquième fumait une cigarette, adossé au mur près de l’unique fenêtre. Il avait le nez droit, les pommettes saillantes, de grands yeux bruns. Ses cheveux noirs étaient coupés courts, en brosse. Il surveillait attentivement la rue, le passage Baudin et le mendiant qui semblait y dormir. Dix heures sonnèrent au guet de Ménilmontant. L’homme à la fenêtre soupira. Il songeait aux copains qui fêtaient le 26 Messidor sur le boulevard, il pensait à sa femme qu’il voyait à peine, à Linspré enfin, qu’il essayait d’attraper depuis des mois.

« Quarante-quatre, fit un des joueurs. T’es dedans, Mathis, à toi la relève. »

Mathis se leva et l’homme à la fenêtre prit sa place, ramassa ses cartes et tâcha tant bien que mal d’entrer dans la partie… mais il ne pouvait se défaire de l’image de l’homme qui allait mourir ce soir, qui allait mourir pour qu’il puisse attraper Linspré. S’il touchait le roi de pique… Non. Cela faisait bientôt six mois qu’on lui avait confié la capture du chef de la pègre de Montmartre, et il n’avait pas l’impression d’avoir progressé d’un pouce. Les débuts de son enquête avaient pourtant été prometteurs. Il avait réussi à attraper Jacques, un petit escroc qui avait pu lui expliquer grossièrement comment fonctionnait l’organisation de Linspré, que les malfrats appelaient la Société de l’Apôtre Second. Il lui avait même donné quelques noms, mais ce n’étaient que des hommes de main qui n’en savaient guère plus que lui. Et depuis il piétinait, tandis que Linspré multipliait les coups, les arnaques, et que son petit commerce florissait. Il s’était alors résolu à jouer son atout, son seul atout : griller Jacques et le mettre sur surveillance afin d’attraper ceux qui viendraient l’exécuter. Le sous-commissaire de la brigade de police espérait que Linspré enverrait un homme de confiance pour éliminer le traître… Ce soir, peut-être, allait-il enfin mettre la main sur quelqu’un qui le mènerait à Linspré. Les « sociétaires » de l’Apôtre Second savaient comme personne disparaître et perdre une filature… Il fallait les attraper, ce soir. Ce coup lui coûtait cher… il n’avait pas droit à l’erreur.

« Citoyen sous-commissaire, souffla Mathis. On a une cliente. »

Le sous-commissaire bondit sur ses pieds et écarta l’autre de la fenêtre. Une femme – un mètre septante, peut-être septante-cinq, mince, encapuchonnée – discutait avec le mendiant du passage Baudin. Celui-ci se leva et se dirigea vers le numéro 53 de la rue des Cascades. La jeune femme releva les yeux et, pour une fraction de seconde, rencontra le regard du sous-commissaire, qui se jeta sur le côté, hébété.

« Mon sous-commissaire ?
– C’est eux, souffla-t-il. Ils sont deux, le mendiant et une femme. On y va. Maintenant. »

Les cinq brigadiers dévalèrent les escaliers, poussèrent la porte qui donnait sur la langue de terre plantée d’arbres qui surplombe la rue des Cascades, et se dispersèrent ; l’un d’eux se mit au coin de la rue de Savies, un autre dans l’ombre du passage Baudin, un troisième remonta la rue des Cascades sur la gauche et s’adossa au mur du numéro 39, Mathis et le sous-commissaire s’accroupirent derrière les arbres – il ne leur avait fallu qu’un instant. Le sous-commissaire souffla, sortit son sabre. Mathis serrait contre lui un fusil. Des bruits de lutte éclatèrent au troisième étage du 53, ils entendirent une voix horrifiée lancer un cri à glacer le sang. Mathis fit mine de se lever, mais l’autre l’arrêta en mettant sa main sur son épaule. D’un regard, il lui ordonna de rester à son poste. Les cris cessèrent.

Après quelques minutes de silence, la porte du numéro 53 s’ouvrit, et deux ombres en sortirent. L’une d’elles alluma son briquet ; le sous-commissaire s’élança, sabre à la main, et bondit au bas du mur de soutènement. Ses bottes claquèrent sur le pavé alors que les deux assassins s’élançaient vers le brigadier posté plus loin sur la rue des Cascades. Derrière lui Mathis avait épaulé son fusil et visait la jeune femme.

« Je les veux vivants ! » cria le sous-commissaire.

Il mit sa main sur l’épaule de la jeune femme qui se retourna vivement et le frappa au ventre… il jura, furieux, et abattit la garde de son sabre contre son crâne, elle cogna contre le mur et s’écroula au sol.

A sa gauche et derrière lui, Mathis et les agents postés à la rue de Savies et au passage Baudin l’avaient rejoint. Les bruits de pas du mendiant s’étaient évanouis. Le sous-commissaire sentit une inquiétude lui tordre le ventre, il ne savait encore ce que c’était, simplement un pressentiment, comme si son corps savait déjà ce que son esprit agité ne parvenait encore à deviner.

Ils remirent la femme sur pied, la plaquèrent contre le mur et lui passèrent des menottes. Et toujours pas de bruit… cela ne dura que quelques secondes, et puis de nouveaux bruits de pas s’approchèrent, il leva rapidement les yeux.

C’était son dernier agent qui venait vers eux.

Seul.

« Et alors ? » s’énerva le sous-commissaire.

L’autre ne répondait pas, regardait autour de lui sans comprendre.

« Diable, le gars s’est tiré dans ta direction ! Tu n’as pas pu le manquer ! »

L’autre restait muet, hébété.

« Crétin ! grogna le sous-commissaire en jetant la captive dans les bras de Mathis.
– Mais je te jure, mon sous-commissaire…
– Ta gueule. »

Il se tourna vers la femme. Ses cheveux, coupés à la garçonne, étaient en désordre. Sa tempe droite était ensanglantée là où il avait frappé avec son sabre et là, encore, où elle avait heurté le mur. Une lueur de rage passa dans ses yeux en amande alors qu’on l’emmenait.

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